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" L'oeuvre
d' Aragon, je l'ai connue pen-
Il est évident
que d'avoir été mis en Il était
très content d'entendre ses chansons. |
Parmi
les chansons que je n'ai pas mis en musique, c'est "Est-ce ainsi
que les hommes vivent ?" que j'aurais aimé faire, mais il
y en a d'autres de Ferré dans ce cas. Ferré est un des musiciens
qui a eu de grandes réussites avec Aragon.
En 1971, j'avais sorti chez Barclay un album Ferrat-Aragon avec dix titres que j'ai réenregistrés par la suite chez Gérard Meys. Entre temps, j'avais mis quatre nouveaux textes en musique. On vient de republier, au printemps de cette année, tous les titres d'Aragon, les dix premiers plus ces quatre autres, soit quatorze chansons. Un deuxième volume est en projet. Il est bien avancé, j'ai déjà pas mal de choses, mais la date de sortie n'est pas encore décidée. Il faut que je retravaille encore des chansons et que j'en fasse peut-être d'autres. Il y en a que j'aime beaucoup. Mais c'est comme pour tout : les choses seront incomparables par rapport à ce qui s'est passé. Si je fais un nouvel Aragon, ce sera douze chansons peut-être d'un seul coup. Elles seront nouvelles et les gens se réfèreront aux anciennes, je m'attends à ça. On regrette toujours un peu les choses anciennes, dans la chanson comme dans d'autres domaines. Mais enfin, quand je sortirai ce disque, c'est que j'en serai content. Ces chansons apporteront autre chose que ce qu'il y avait dans le premier. Ça ne veut pas dire meilleures ou plus belles, mais un peu différentes. C'est ce que je cherche à faire, d'ailleurs. Beaucoup de gens ne savaient même pas quelles étaient les opinions politiques d'Aragon et certaines de ses chansons sont devenues de véritables chansons populaires. Je pense à quelques-unes que j'ai faites, Nous dormirons ensemble, Que serais-je sans toi ? ou Aimer à perdre la raison, mais il y en a d'autres. Et ça a été évidemment quelque chose d'extraordinaire pour lui. Aragon a vécu des événements dans un siècle où les choses étaient, disons, beaucoup plus manichéennes qu'elles ne peuvent l'être aujourd'hui à la lumière de l'Histoire. Il a exalté certaines choses qui ne seraient plus possibles maintenant : par exemple quand il chantait - si j'ose dire - le retour de Maurice Thorez : "Il revient... il revient...". C'était tout un bruit qui courait les campagnes, les ateliers... Aujourd'hui, ce serait difficile d'écrire semblable poésie. A ce moment-là, il est certain que beaucoup de gens étaient staliniens sans savoir évidemment ce que Staline avait fait. Ils l'étaient pour ce qu'il représentait et ce qu'il avait représenté contre le fascisme, etc. Mais il faut refaire l'histoire de France ! Quand aux prises de positions d'Aragon sur certaines choses qui se sont passées à l'Est, il faut rappeler qu'il a protesté contre le procés Siniavski-Daniel à une époque déjà très ancienne. |
Je crois, d'ailleurs, que les Lettres Françaises avaient été interdites en Union soviétique. mais d'un autre côté, il est certain que pour ce qui était de dénoncer haut, très haut, ce que lui-même appelait et m'a dit être une caricature de socialisme, il y a déjà longtemps, il y a vingt ans, eh bien, il n'a pas clamé ça à tous les échos. Sans doute a-t-il eu tort. Au festival du Val de Marne, un hommage va lui être rendu par de nombreux artistes. Je n'y chanterai pas. Je ne veux pas faire d'exceptions, sinon, après, j'ai tout le monde sur le dos. Ou alors, ce sera tout à fait improvisé et dans un petit cadre. Sans ça, rien n'est prévu du tout. Pour moi, Aragon reste un des grands poètes de notre temps et de tous les temps. Il a une richesse d'expression, une concision, une densité d'écriture, une imagination prodigieuse. Dans les textes que j'ai mis en musique, il y a essentiellement des poèmes d'amour. Je n'ai pas mis en musique de textes proprement politiques. Il y en a qui sont relatifs à des choses, disons, universelles sur l'homme mais finalement, ce sont les textes d'amour qui sont devenus des succès." |
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Que
serais-je sans toi ?
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Article paru dans "Je chante" n°9 : sep/oct/nov 1992. Propos recuellis par Raoul Bellaïche en août et septembre 1992 |
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