France Dimanche                                                                                                               Vendredi 11 janvier 2002.
Cette semaine il est sorti de sa réserve pour pousser un violent coup de gueule.

Cela fait des années que ses textes, d'une rare qualité, enchantent des millions de
Français. Mais aujourd'hui, si Jean Ferrat donne de la voix, ce n'est pas pour séduire son public de fidèles.

Si, cette semaine, il est sor-
ti de sa réserve, c'est pour
pousser un violent coup de
gueule. Lui qui n'a jamais ca-
ché ses opinions politiques, lui
qui a toujours été un homme
de combat, vient de trouver une nouvelle cause à défendre. Celle d'une langue dont il est, depuis longtemps, l'un des serviteurs, et celle d'une amie qu'il estime, à juste titre, oubliée, voire boycottée par les médias.

Jean Ferrat vole au secours d'Isabelle Aubret. Et pour faire part de son émotion et de sa révolte face à tant d'injustice, il n'a pas choisi n'importe quelle tribune. C'est en effet dans les colonnes de notre confrère Le Monde, qu'il a décidé de livrer son point de vue, dans un article dont le titre, à lui seul, résume la teneur : "Qui veut tuer la chanson française ?"

Privée de télé

Le service public est au premier rang des accusés dans ce plaidoyer, cette "défense et illustration de la création nationale". Jean Ferrat mentionne une lettre addressée, en février 2001, à Michèle Cotta, directrice générale de France 2.

Dans ce courrier, il demandait pourquoi Isabelle Aubret, malgré un talent unanimement reconnu et un succès jamais démenti, n'avait plus les faveurs de sa chaîne. Une missive à laquelle le chanteur affirme ne pas avoir, à ce jour reçu de réponse... Mais, poussant plus loin la démontration,

Jean

FERRAT

Rage

Et, plus que les autres, nous
pouvons témoigner de la sin-
cérité de ce grand artiste. Nous
l'avions, en effet, rencontré, il
y a tout juste un an, lors de
la présentation du spectacle d'Isabelle Aubret sur la scène de Bobino (un tour de chant que nous avions d'ailleurs été les seuls à évoquer).

Jean Ferrat s'interroge sur l'ac-
cueil réservé à son amie sur
l'antenne de Radio France.
L'histoire remonte à février
dernier. À l'époque, Isabelle
Aubret devait participer, sur les ondes de France Inter, à l'émis-

Il vole au secours
d'Isabelle Aubret!

sion de Stéphane Bern, Le fou du roi, pour évoquer son nouveau disque et son passage sur la scène parisienne de Bobino.

Une invitation annulée à la dernière minute, sans explication. "Ce n'est qu'après mon intervention auprès de la présidence de Radio-France, écrit Jean Ferrat dans Le Monde, qu'elle a été autorisée, sans la moindre interview, à chanter une chanson dans ladite émission".

Par la suite, en décembre dernier, Isabelle a de nouveau été invitée par Pascale Clark, dans son émission Tam-Tam. Mais sans qu'aucune de ses chansons soit diffusée... Alors, écoeuré par le mépris avec lequel elle est traitée, Jean Ferrat se pose la question : "Quel crime a-t-elle commis ?"

Celui de déplaire aux responsables de l'audiovisuel public, qu'il qualifie, dans son article pamphlétaire, de "petits marquis qui font la loi dans la programmation",, et qui, toujours selon le chanteur, « réduisent totalement au silence des pans entiers de la création française. »

Et, déjà, Jean Ferrat nous avait fait part de sa tristesse et de sa rage, en voyant le peu de cas que les médias faisaient du grand retour d'Isabelle, après huit ans d'absence...

Sa colère d'alors, loin de s'éteindre, a été encore attisée par le sort réservé à des chanteurs français qui sont, moins que jamais, prophètes en leur pays.

"Nous sommes un certain nombre à dire non au rouleau compresseur, au monopole imposé du métissage totalitaire et du raz de marée anglo-saxon", s'insurge Jean Ferrat. Nous et vous, qui avez lutté, avec succès, pour le retour de Pascal Sevran et de sa Chance aux chansons, nous ne pouvons qu'acquiescer, et soutenir Jean Ferrat dans cette bataille culturelle...

Un combat qu'il mène aussi au nom de l'amitié qui le lie à Isabelle Aubret. Celle pour qui il avait écrit C'est beau la vie, une belle chanson d'amour...

 

Dominique PREHU

Photo : Jérôme MARS