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Jean Ferrat chante sans se soucier du vent ni des ventes, ses émotions lui suffisent, il chante par coeur. C'est avec la plus grande dignité qu'il sert la chanson. Un jour viendra où l'on reprendra ce chemin qui devait passer par Gavroche, et par Nuit et Brouillard, avant de toucher la montagne, car Ferrat, c'est un de ces rebelles d'une nouvelle sorte : un jour, on s'apercevra que cette révolte du coeur est l'un des traits dominants de notre génération. En vingt ans, l'humanité a plus changé qu'en vingt siècles. Ce tournant, des hommes l'ont pris, ils sont de notre génération, celle de Ferrat, la mienne. Nous avons connu ceux qui savaient encore faire la soupe, nous connaitrons ceux qui iront dans la lune. Dans les temps, on a été rebelle au seigneur, rebelle au roi, rebelle au régime, rebelle au dieu, rebelle à l'ordre de la société : voici venu le temps d'être rebelle au vent, à tous les vents : voici venus les temps d'être rebelle au temps. Nous sommes encore peu, très peu, à le sentir, l'écrire ou le chanter, sans trop l'expliquer, quelques-uns, rebelles à un point qu'on ne soupçonne pas... Et tout cela ne m'éloigne pas de Ferrat, au contraire. C'est la même chose. Jean-pierre Chabrol |